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Tout espoir n’est pas vain

Au cours de mes discussions avec mes patients, lorsqu’ils me confient certaines choses qui les ont marqué, touché, déstabilisé, j’entends souvent à travers leurs paroles une sorte de fatalisme teinté d’impuissance : ils n’ont plus qu’à « faire avec » et surtout à subir leur histoire.

S’il est vrai qu’on ne change pas le passé, il est possible d’en modifier la façon de le vivre au présent, même des années après. Et ça peut changer bien des choses sur comment je peux être et rester confortable lorsque j’oriente mon esprit sur mon passé ? comment je peux envisager plus sereinement mon futur ? comment je peux être et vivre davantage dans l’instant présent ?

Alors oui, nous pouvons continuer à espérer quelque chose de différent. Mais dans quelle mesure faut-il aborder les choses de manière différente ? Einstein disait : « La folie c’est de croire qu’en reproduisant les mêmes choses on obtient des résultats différents ». Qu’avez-vous déjà expérimenté de nouveau et de différent pour tenter d’influencer votre problématique ? Et quels en sont les résultats ? Est-il pertinent, adapté et rationnel de croire que parce que vous avez tenté une solution et qu’elle ne vous a pas (entièrement) satisfaite, que vous resterez donc définitivement impuissant face à cette situation ? Et si votre réponse est « oui », comment savez-vous que vous ne pourrez rien y faire ? Et dans le cas où remonte quelque chose comme « c’est impossible », comment savez-vous que c’est impossible ? Et qu’est-ce que vous apporte son remplacement par « c’est possible » ?

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait » Marck Twain

Alors que nous démarrions la séance d’ostéopathie, je lui fis remarquer qu’elle était fort tendue, crispée, et lui demandais comment cela se faisait. Elle me répondit quelques instants plus tard :

« J’avais 7 ans. A l’époque mon père buvait et frappait régulièrement ma mère. Un jour, il a sorti un couteau ; on s’est dit qu’il allait la tuer et nous après. Heureusement, le couteau n’a fini que dans la porte. »

50 ans après, le simple fait d’évoquer ce souvenir déclenchait encore une peur dont elle évaluait l’intensité à 9/10 à cet instant-là.

Notons qu’en plus du vécu de cette scène à caractère psycho-traumatique, chaque passage devant cette porte marquée de l’empreinte de la pointe du couteau était un excellent moyen pour réimprimer ce souvenir dans sa mémoire, et par là même d’être victime d’un phénomène de re-traumatisation, et cela par le fait que cette marque visible sur la porte constituait une “ancre”, une association d’idée avec cette scène dont elle avait été témoin.

Ce type d’expérience constitue un terreau fertile pour développer un Etat de Stress Post Traumatique (ESPT) de par le fait d’avoir été un témoin direct et potentiellement la victime d’un acte de violence volontaire pouvant conduire à la mort de sa mère et des différents membres de sa fratrie, d’être impuissante face à la situation et de son aspect imprévisible. Dans ce type de situation, l’aspect prévisible des actes de violences ainsi que leur répétition dans le temps constituent eux aussi des facteurs de stress pouvant mener à un ESPT.

Nous discutons de ce souvenir ; elle fait un lien entre son stress perçu au quotidien et (notamment) cette expérience, et est intéressée pour le retravailler à travers une séance d’hypnose.

Ce jour-là, l’évocation de ce souvenir la fait démarrer à 10/10 de peur ; nous utilisons du RITMO (Retraitement de l’Information Traumatique par les Mouvements Oculaires). 2 minutes plus tard, en refaisant le point, elle l’évalue à 0/10 ! J’ai eu l’occasion de la recroiser environ 6 mois et 1 an après la séance : « Ben non, ça va, je n’y pense plus ; j’ai tourné la page ».

Bien-sûr, ça n’est pas toujours aussi spectaculaire et rapide, et nul ne sait d’avance combien de temps sera nécessaire pour dépasser la problématique. Si j’ai choisi cet exemple, c’est bien pour illustrer cette capacité que peut découvrir et exploiter un individu pour modifier ses perceptions et ses souvenirs en un temps record, malgré des émotions extrêmement intenses, inconfortables et perturbantes.

Beaucoup disent « j’aurais préféré que ça ne soit jamais arrivé » ; beaucoup espèrent secrètement que leur problématique se résolve d’elle-même, sans avoir à faire d’effort pour cela. Mais est-il réellement raisonnable de placer son espoir et de remettre son pouvoir au Temps, à d’autres facteurs extérieurs ou à être dans l’attente d’un miracle ? Ou est-ce plus adapté de se retrousser les manches, prendre sa destinée en main, passer à l’action et être l’artisan de son propre miracle ? En connaissez-vous beaucoup qui réparent leur voiture sans se salir les mains ? Et nous savons au fond de nous qu’il n’y a que nous-même pour pouvoir faire le boulot. Et il est très commun et logique de rencontrer de la répugnance à le faire, de se sentir désemparé, de ne pas savoir comment faire ni par où commencer. Et c’est tout l’intérêt de se faire accompagner : faire le travail à son rythme et le plus confortablement possible.

Alors NON, tout espoir n’est pas vain ; et vive la résilience !

 

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